Fais moi Valser.

<< Un jour j’ai voulu savoir ce qu’était l’amour. L’amour est là si l’on veut qu’il soit là, il suffit de le deviner derrière la beauté qui l’entoure et entre chaque seconde qui rythme votre vie. Si vous ne prenez pas le temps de vous arrêter, vous risquez de passer à coté. >>
                                                                                                                                                                                                              Cashback.

Psyché

 

   Les grains de poussière en suspension dans l'air tiède se mouvaient doucement, éclairés par un délicat halo de lumière bleutée. On aurait dit qu'ils dansaient, tournant au ralentis, suivant la cadence propre à leur Univers. L'Univers des grains de poussière. Dans une parfaite harmonie ils s'éloignaient et se rapprochaient les uns des autres. Il revêtaient une élégance si fragile que j'osais à peine émettre un souffle, de peur de briser le charme de ce spectacle. Je ne pouvais lâcher des yeux ces centaines de petits points blancs, si lumineux face au noir profond qui régnait dans la pièce qu'ils m'apparaissaient comme des étoiles peuplant un ciel d'encre. Des étoiles emplies d'un amour qui les faisait valser. Beauté iridescente, immatérielle, irréelle...
   Une note claire résonna. Une autre la suivit. L'air se mit à vibrer sous l'assaut des notes, faisant s'agiter les constellations qui peuplaient l'ombre. D'abord ponctuelles, elles se distinguaient tour à tour. Gagnèrent en puissance. Puis commencèrent à doucement se fondre les unes aux autres. Une rivière au cours changeant, parfois clapotant, parfois rebondissant. Mon coeur s'emballa à l'écoute de la mélodie qui emplissait l'atmosphère. Je clos mes paupières pendant un instant, savourant les gouttelettes de la chanson qui s'égaraient par moments. Quand mes yeux furent à nouveau ouverts je fus envoûtée. Les images et les sons s'entremêlaient, flous, nets, incompréhensibles.
   Une main blanche traversa la barrière qui séparait la pénombre de la douce lueur d'un projecteur. Gracieuse. Ailée. Un pied suivit, délicat, presque timide. Une silhouette gracile s'avança dans un mouvement souple. Légère, douce, je me sentais comme une danseuse de ballet. Maladroitement je commençais à danser, esquissant à peine des pas que je ne connaissais pas. Puis mes gestes se firent plus amples, plus précis, plus profonds. Chaque parcelle de mon corps frémissait dès qu'une note s'égrenait. Je percevais les détails les plus infimes de chaque grain de poussière.
   Emportée, je laissais mes bras et mes jambes me guider. J'effleurais du bout des doigts, du dos de mes phalanges, les microscopiques astres luisants, qui s'égaraient de plus belle. Je me sentais fourmillante, à la fois pleine de vie et sur le point de m'évanouir. Plus rien d'autre n'existait. Plus que les battements affolés et pétillants de mon coeur, la chaleur qui courait dans mes membres, l'air caressant ma peau, les points clairs tachetant ma vision, les sautillements de la mélopée. Un immense sentiment de bien-être. De liberté. D'amour.

 

Natacha.